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Le jour de Sim'hat Torah de cette année, la quasi-totalité des communautés de diaspora ont quand même fait les Hakafot comme à l'accoutumée, avec souvent des repas communautaires festifs et alcoolisés ...
Pourtant, on savait déjà qu'une attaque de grande ampleur avait eu lieu en Israël avec des centaines de victimes.
La directive des chefs communautaires était souvent la même: nous ne pouvons rien faire, faisons donc comme si de rien. La joie est notre plus grande arme.
Ma question est: N'aurait-on pas dû réduire dans la joie de Sim'hat Torah, ha'hiquement mais aussi moralement parlant ? Si oui, dans quelle mesure : réduire les repas, interdire l'alcool, réduire/annuler les Hakafot, faire des Zéakot, autre ?
Aurait-on pu théoriquement aller jusqu'à jeûner ? On me dira certainement que cela ne concerne que les villes à proximité de la guerre.
Certes, mais si la maîtresse est touchée, la servante ne le serait-elle pas (même si le Rambam ne ramène ça que pour la peste) ?
Enfin, dans un monde globalisé comme le nôtre, est-ce qu'Eretz Israël, qui est à 4 heures de Paris, ne pourrait-elle pas être qualifiée de "proche" de nous ?
Merci pour votre réponse. J'ai besoin de vos lumières, car j'ai l'horrible impression que l'ensemble des communautés de 'Houl ont manqué quelque chose dans leur réaction quant à ce drame, à Chémini Atseret et à Simhat Torah.
C’est une question.
Mais je pense qu’il n’y a pas vraiment de question ; la joie ne se commande pas si facilement, celui qui est atteint et peiné ne peut pas se réjouir excessivement, même si c’est Sim’hat Torah.
(Et s’il le peut, ‘hazaka que sa joie n’en est pas une, mais qu’il s’agit d’une joie jouée, non naturelle, c’est inquiétant pour ses autres moments de joie les autres années.)
Celui qui était terrifié par les évènements ne pouvait pas se réjouir comme il le fait une autre année.
Mais encore fallait-il être au courant.
Etrangement, bien que ce fut en plein Shabbat et Yom Tov, il semble que tout le monde ait été au courant le jour même de ce qui se passait en Israël.
Sur place (en Israël), il y avait les alertes
(et les mises en garde pour la population) donc ils ont su, mais en France, il fallait avoir un lien avec les informations.
Il est vrai qu’il suffit d’un seul fidèle de la synagogue pour que toute la synagogue soit au courant, et même ce fidèle pouvait l’apprendre par un voisin non juif.
En Israël, chez Rav Méir Mazouz, ils ont rapidement expédié les Hakafot de manière symbolique, car le cœur n’y était pas.
Je pense que c’était le cas dans plusieurs localités israéliennes, soit par manque de joie, soit par précaution et sécurité (et souvent pour les deux raisons).
Je sais qu’en France certains Rabanim ont fait savoir qu’il fallait danser et chanter comme si de rien n’était, il est difficile de dire qu’il y ait là contrevenance à la Halakha
(surtout lorsqu’il s’agit d’une attaque terroriste à distance et qu’on n’en sait pas encore grand-chose, etc.), néanmoins, il y a peut-être à redire moralement, car peut-on se réjouir une fois qu’on sait ce qui s’est passé le jour même (ou la veille) ?
Peut-on être à ce point indifférent à un tel massacre ?
Je répète que lesdits Rabanim ne savaient probablement pas l’ampleur des atrocités commises à ce stade, on était encore en plein Yom Tov, ils n’avaient pas écouté les informations, il ne faut pas se focaliser sur les Rabanim ni leur reprocher leur prise de position dans l’urgence, ils sont responsables du culte dans leurs synagogues et pensent en premier lieu à assurer leur sacerdoce, il n’est pas évident de décréter «
cette année on annule tout » lorsqu’il y a des gens qui ont préparé une grande Seouda et qui l’attendent depuis longtemps etc.
Mais nous analysons ce qu’il convient de faire maintenant que nous sommes au courant du massacre, que nous avons le recul, et le temps d’y réfléchir sans prendre une décision dans la précipitation.
Et je pense que si les gens avaient été totalement « au courant » comme ils le sont aujourd’hui, d’eux-mêmes ils n’auraient pas pu se comporter «
comme si de rien n’était », Sim’hat Torah aurait été affecté d’une manière ou d’une autre, il aurait été impossible de faire fi d’un tel massacre.
Même pour ceux qui n’avaient pas un cousin germain parmi les victimes, nous avons quasiment tous un cousin de cousin éloigné qui s’est fait assassiner sauvagement ce jour-là.
Si vous me demandez ce que j’ai fait moi-même à Sim’hat Torah, je n’ai pas dansé, mais je vous dirais que ce n’est pas révélateur pour deux raisons, d’abord parce que je n’étais vraiment pas au courant du détail, on m’a juste dit, à la synagogue, le soir de Sim’hat Torah, qu’il y avait eu un attentat en Israël proche de Gaza, mais je n’en savais pas plus
(et hélas, les attentats sont quasiment monnaie courante et bien trop fréquents en Erets, Ra’hmana Litslan, donc je ne sais pas si ça aurait suffi pour impacter la Sim’hat Torah à la synagogue), et d’autre part car, n’étant pas en très bonne santé, je suis venu à la Shul à l’aide d’un déambulateur pour pouvoir marcher, donc de là à danser…
[ça m’a rappelé un Wort du Satmer Rouv ; étant âgé, il avait besoin d’une canne pour marcher. Mais lorsqu’arriva Sim’hat Torah, il se défit de sa canne et se mit à danser avec vigueur. Un de ses proches lui demanda comment était-ce possible ? comment pouvait-il tenir sans sa canne ? Et le Rav lui répondit par un jeu de mots paraphrasant la Gmara (Souka 47b-48a) שמיני עצרת רגל בפני עצמו.]