Techouvot.com

La réponse de qualité à vos questions

Jeu de mots avec un passouk, permis ?

Voir le sujet suivant Voir le sujet précédent
Poster un nouveau sujet Répondre au sujet
MBMB
Messages: 16777215
Je voudrais entendre votre avis de rav sur un désaccord qu’il y a eu la semaine dernière auquel j'ai assisté. L’un d’entre nous, Réouven, a dit ‘ki mi-Neuilly tétséh torah’ (à la place du pasouq ‘ki mi-tsione tétséh torah’). Un autre, Chimone, présent à ce moment et a entendu ça, a dit que c’est un manque de respect pour éretz israël de dire ça. Réouven a répondu qu’il disait ça pour rire et qu’il n’allait pas corriger le pasouq dans la torah, ce n’est qu'une manière de s’exprimer en utilisant un pasouq. Mais Chimone dit que même pour rigoler c’est assour.
Je voudrais savoir ce que vous en pensez.
Rav Binyamin Wattenberg
Messages: 6855
Citation:
Je voudrais entendre votre avis de rav sur un désaccord qu’il y a eu la semaine dernière et que j'ai assisté. L’un d’entre nous qu’on va appeler réouven a dit ‘ki mi-neuilly tétséh torah’ (à la place du pasouq ‘ki mi-tsione tétséh torah’). Un autre (qu’on va appeler chimone) présent à ce moment et a entendu ça, a dit que c’est un manque de respect pour éretz israël de dire ça. réouven a répondu qu’il disait ça pour rire et qu’il n’allait pas corriger le pasouq dans la torah, ce n’est que une manière de s’exprimer en utilisant un pasouq. Mais chimone dit que même pour rigoler c’est assour. Je voudrais savoir ce que vous en pensiez ?


J’en pense qu’il faut se détendre et arrêter de voir des péchés partout.

Les Kadmonim faisaient des jeux de mots sur base de psoukim sans y voir un quelconque Zilzoul.

Je peux même vous prouver qu’ils n’auraient pas vu de problème à remplacer Tsion par une ville française dans ce passouk, puisque le Rivash a écrit (Shout Harivash §376) « Ki MiTsarfat Tetsé Torah, Oudvar Hashem MeAshkenaz » ! (Il n’a pas parlé précisément de Neuilly car la ville ne s’appelait pas encore comme ça 😊.)

On trouve ce type de jeux de mots dans ‘Hazal eux-mêmes, voyez le Yeroushalmi Nedarim (§6,8) et Yeroushalmi Sanhédrin (§1,2) כי מבבל תצא תורה ודבר ה' מנהר פקוד.

Rav Yossef Hacohen, correspondant du Rosh, lui écrit (Shout Harosh §85,10) : כי ממך תצא תורה ודבר ה' מבית מדרשך

Il y a aussi dans le Sefer Hayashar (Rabénou Tam) (§46) כי מבארי תצא תורה ודבר ה' מאוטרנט (en parlant des villes italiennes de Bari et Otranto).

C’est encore plus fréquent chez les A’haronim, nous trouvons dans le Even Sapir (éd. Mekitsei Nirdamim 1866, daf 107b) à propos de Sanaa et Tanam (au Yémen) כי מצנעא תצא תורה ודבר ה' מתינעם

Et dans le Klilat Yofi (Dembitzer) (Cracovie 1888, tome 1, fin du Mavo, daf 25b) nous lisons sur la Pologne (et la Russie): כי מפולין תצא תורה ודבר ה' מרוסיאה
Dans Letoldot Hayehoudim BeKovno veSlabodka (tome 1, Keidan 1931, p.29) nous trouvons (à propos de Kiev) : כי מקיוב תצא תורה ודבר ד' מסטאראדוב

Et il y a d’autres pays et villes qui ont ainsi été comparées à Tsion et Yeroushalayim, sans y voir une offense envers les lieux saints.

Ça ne voulait pas dire qu’ils pensaient remplacer Jérusalem par telle ou telle ville [comme ceux dont parle le Meshekh ‘Hokhma (Be’houkotay, daf 123a) qui remplacent Jérusalem par Berlin].

Quant au fait de jouer avec les mots des Psoukim pour créer des Melitsot, c’est une habitude répandue chez les Me’habrim, dans laquelle le ‘Hida excellait.
Rav Binyamin Wattenberg
Messages: 6855
J’ai encore vu dans « Harpatkaotav shel Asher Halévy » (Jér. 1937, p.59) qu’il cite une expression répandue : כי מסאליניק תצא תורה ודבר י"י מאיזמיר en parlant de Salonique et Izmir.

C’est une autobiographie d’un étrange aventurier dénommé Asher Yeshayahou Halévy (1849-1912).
Je le soupçonne de fabuler et de s’être inventé personnage héroïque toujours en train de sauver la veuve et l’orphelin, secourir l’indigent, briller par son érudition, nommé rabbin de Tulcea (Roumanie), etc. tout en ayant été pourchassé par le destin et souffert de toutes les trahisons.

Il semble clair qu’il ait effectivement beaucoup voyagé, on sait aussi qu’il a passé ses dernières années assez isolé et perché sur l’Himalaya, vivant reclus et solitaire, cordonnier extrêmement pauvre, en écrivant ses Mémoires et d’autres ouvrages (une dizaine en tout).

Il est encore indéniable qu’il a eu l’occasion de s’instruire quelque peu, en Torah/Talmud (ses paraphrases et citations bibliques et talmudiques le prouvent) et en sciences séculières (voir p.51 à propos de l’éclipse solaire par exemple).
Mais la lecture de son autobiographie révèle des failles (même en Torah) [il commet des erreurs dans des Psoukim (p.24) et en attribue un à Eliahou alors que c’est une phrase de Yona (p.22)] et comporte assez d’incohérences pour avoir de sérieux doutes sur la véracité des faits relatés.
[En p.34, il écrit qu’il a pris le bateau 2 jours après la fin de pessa’h 1867 et c’était un jeudi. Or, le 24 Nissan en 1867 était lundi… voir encore en p.37. Mais c’est surtout le rôle de super-héros qu’il s’attribue, rencontrant à chaque fois une nouvelle aventure, insistant sur son souhait de pouvoir s’installer pour étudier la Torah jour et nuit (alors qu’il ne fait qu’errer d’une ville à l’autre), qui fait que l’on a de gros doutes en le lisant s’il ne s’agit pas juste d’un grand affabulateur qui s’est imaginé une vie pleine d’aventures trépidantes.]

Quant à son respect de la halakha, fortement défendu dans le texte, il connait tout de même quelques écarts, notamment concernant Shmirat Shabbat (p.27), Lashon Hara (p.17, 19, 28), proximité avec les Arayot (p.54, 55, 56), Yi’houd (p.54), etc. Pour un rabbin ce n’est pas brillant.

Bref, je pense qu’il doit y avoir une grande part d’imagination dans « Les aventures d’Asher Halévy ».
Montrer les messages depuis:
Voir le sujet suivant Voir le sujet précédent
Vous ne pouvez pas poster de nouveaux sujets dans ce forum
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Vous ne pouvez pas éditer vos messages dans ce forum
Vous ne pouvez pas supprimer vos messages dans ce forum
Vous ne pouvez pas voter dans les sondages de ce forum