Une personne à la synagogue m’a dit qu’elle avait été intéressée par la question de Torah123 et déçue par ma réponse, plus ou moins en ces mots : « vous ne répondez même pas un peu, vous renvoyez vers un livre en hébreu que je ne possède pas et que je ne saurais pas lire non plus ».
Après lui avoir répondu à l’oral, je rédige ici une nouvelle réponse un peu plus détaillée/généreuse, pour ceux qui n’ont pas le Safa Leneemanim ou ceux qui ne comprennent pas l’hébreu :
Citation:
Dans le même ordre d'idée ou l'on dit que les juifs ont aussi gardé leurs noms, pourtant Moshé est un nom Égyptien ! Ainsi, pourquoi on a continué à l'appeler ainsi ?
Qui vous a dit que Moshé est un nom égyptien ? En lisant le Passouk
(Shemot 2,10) on comprend au contraire que le nom se rapporte à un sens en hébreu (מן המים משתיהו).
Voyez aussi le commentaire du
Riva (Shemot 2,10) qui nous dit que Bitia ne l’a pas nommé Moshé, mais d’un autre nom, égyptien, qui a la même signification que Moshé et la Torah a traduit son nom en hébreu (et ça a donné Moshé).
Voir aussi
Ramban (Bereshit 41,45).
Et le
Ibn Ezra (Shemot 2,10) qui dit que Bitia l’appelait Monios. Il envisage aussi une seconde possibilité : que Bitia ait appris l’hébreu et qu’elle aurait donc nommé l’enfant Moshé d’elle-même.
Voir aussi
Daat Zkénim (Shemot 2,10) qui reproduit les mêmes deux idées.
Le
Abrabanel n’aime pas l’explication qui consiste à dire que Bitia l’aurait appelé autrement et que la Torah nous traduirait le nom en hébreu, car nous voyons d’autres noms
(comme Tsofnat Panéa’h) qui n’ont pas été traduits.
Il propose donc de dire que celle qui a nommé l’enfant n’était pas Bitia mais Yokheved -explication qui se heurte à une difficulté pour משתיהו (cependant voir
‘Hezkouni) et qui semble de toute façon aussi contredite par le
Midrash Shemot Raba (1,§26).
Voilà, ça fait plusieurs Rishonim selon lesquels votre question n’a pas lieu d’être.
Pour plus de détails, voyez mes notes sur le
Safa Leneemanim (éd. Varsovie 2021, note 118, p.216-218).
Il existe néanmoins des commentateurs qui ont compris, comme vous, que Moshé serait un prénom égyptien, voyez le
Maharsha (‘Houlin 139b).
Pour répondre à votre question selon ceux qui pensent que c’est un prénom égyptien, je vous renvoie vers ce même ouvrage
Safa Leneemanim (éd. Varsovie 2021, note 68, p.119 à 134) où j’explique que ce Maamar indiquant que les Bnei Israel n’ont pas changé leurs « noms, langue et habits » est mal compris et ne signifie pas qu’il soit interdit de porter un prénom « non-hébraïque ».
Je crois l’avoir déjà mentionné (plus brièvement que dans le sefer) sur ce site (si quelqu’un sait indiquer un lien vers la bonne page du site, qu’il ne s’en prive pas).